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Quand la scoumoune s'en mêle........ 04 - 15 novembre 2020

 


Balancés par le fort clapot, sous la pluie battante et le vent en rafales nous fêtons nos 48 ans de mariage.

 

Pour l'occasion nous ouvrons une bouteille de rhum blanc agricole martiniquais acheté en Nouvelle Calédonie et faisons des libations en l'honneur de notre Douce France Tropico-coloniale.

L'idéal serait de terminer la bouteille à la Réunion, mais je pense qu'on va s'abstenir d'aller là-bas.

D'ailleurs on va peut être la finir la maintenant tout de suite, pour oublier... non pas nos longues années de vie commune, au contraire, mais cette étrange léthargie qui paralyse les navigateurs et nous rend tous totalement désabusés.

        Sur le platier, les requins nagent dans si peu d'eau que leur nageoire dorsale dépasse

A la question rituelle, posée à chaque nouveau voilier qui jette l'ancre à proximité de Téthys

"alors, vous allez où ensuite ?"

on obtient la même réponse de l'équipage dépité.

"On ne sait pas, et vous ?"

                                                       Même chose pour les napoléons

Depuis quelque temps, dans le grand lagon de Fakarava, on assiste à un chassé-croisé d'à peu près la même cinquantaine de bateaux.

Quand un nouveau arrive, on lui saute dessus, trop contents de voir de nouvelles têtes.

Karacool

Ainsi nous sympathisons avec Chantal et Patrick propriétaires du magnifique catamaran Karacool un Looping 53, faisons la connaissance de Céline et Sylvain qui naviguent sur un catamaran Dean.

                    Yves aide Patrick et chantal pour la prise de bouée d'un corps-mort

Le 7 novembre à 7 heure du matin, après cinq semaines passées ici nous levons l'ancre pour d'autres cieux et c'est là que Murphy intervient...

Karacool nous accompagne, ensemble nous faisons route vers l'atoll de Makemo.

Bien évidemment le vent souffle fort de nordet, nous prenons tout de suite un ris dans la grand' voile et vogue la galère pour au minimum 36 heures de près.

Vagues dans tous les sens, grains violents ; cela nous fait tellement du bien d'être au large qu'en plus on met 2 lignes à l'eau.

De toute façon c'est bien connu, nous sommes de mauvais pêcheurs et ne risquons pas de prendre grand chose.

Sauf que, rapidement les DEUX lignes se déroulent en même temps "zzzzzzzzzzzz", les moulinets se vident à une allure folle.

Bittes d'amarrage écologiques sur le quai de Makemo

Vite on enroule le génois, vite on manœuvre pour ralentir Téthys mais les moulinets continuent "zzzzzzzzz"

Chacun se jette sur une canne et on commence, centimètre par centimètre à enrouler les lignes dont plus de 100 mètres sont partis à l'eau.

Et ça dure, et ça dure, on se sait pas ce qu'il y a au bout de l'hameçon mais les bestioles se défendent, les lignes se croisent, comme Yves tire comme un bœuf, il manque de m'entraîner au fond.

Après une 1/2 heure de lutte, Yves sort de l'eau un superbe thon jaune de 11.5 kg...Moi je n'y suis pas encore, Yves me relaie : un autre thon jaune d'une dizaine de kilos apparait, mais celui là se montre vraiment coriace, on n'arrive pas à le ramener à bord, car bien que Téthys n'avance qu'à 2 nœuds, il continue à faire de violentes embardées.

Dans la bagarre, Yves tombe dans la bassine où se trouve le premier thon, en se relevant il glisse sur le croc à poissons qui part à l'eau. Quel dommage qu'on n'ai pas pu filmer ce cirque.

Yves alors se jette sur l'écran électronique pour appuyer sur la touche "MOB" (Man Over Board) qui permet de positionner exactement l'endroit où nous avons perdu notre gaffe à poisson.

Une rue principale de Makemo très large, pas trop de circulation

Tout le monde se déplace à vélo ou en tricycle

Pendant ce temps là, j'arrive tant bien que mal à maintenir la tête du poisson hors de l'eau, alors qu'il continue à s'agiter le long du bord et que Patrick sur Karacool s'égosille à la VHF, inquiet du parcours erratique que prend Téthys...

Finalement c'est à coup de manche de machette que Yves finit par trucider le beau thon.

Toute la famille à bicyclette

Transport d'enfant et chien

On manœuvre à nouveau en panique pour aller chercher notre gaffe, mais le système MOB n'a pas fonctionné (c'est rassurant) ! alors on tourne en rond une bonne vingtaine de minutes et abandonnons.

Chien fiu

Karacool rassuré sur la cause de nos zigzags continue sa route tandis que nous essayons de nous mettre sous le vent d'un atoll en espérant trouver des conditions de mer apaisées pour préparer les poissons.

l'école élémentaire surélevée en cas de tsunami

La vue depuis les salles de classe

La cantine vert amande entourée de sa clôture mauve

L'opération se fait d'habitude sur les marches à l'arrière du bateau, mais là il n'en est pas question, ça bouge trop même à l'abri de l'île.

Les thons trop gros ne rentrent pas dans le frigo, il faut absolument, non seulement les vider, mais leur enlever la tête pour les fourrer à coup de pied dans le réfrigérateur.

Yves fait cela à quatre pattes dans le cockpit qui se transforme en une baignoire sanguinolente, c'est véritablement immonde, je crois qu'on réfléchira à 2 fois avant de remettre nos 2 lignes à l'eau conjointement.

Quelques heures plus tard, tout étant rentré dans l'ordre on continue à tirer des bords toute la soirée et toute la nuit et au petit jour approchons de la passe ouest de Makemo que nous souhaitons prendre pour entrer dans le lagon.

C'est sans compter sur un front qui nous arrive dessus, la visibilité devient quasi nulle, la mer se déchaîne, il est hors de question de prendre une passe dans ces conditions, il faut donc se résigner à continuer vers l'est en jonglant pendant 11 heures entre les grains et les calmes pour atteindre 20 milles plus loin la deuxième passe,(Arikitamiro) près du village, beaucoup mieux abritée et balisée.

Les Tuamotu survivent sous perfusion ; TOUT doit être apporté de Tahiti par des "goélettes" ou petits cargos. Il n'y a ici aucune ressource à part le coprah et rien à manger à part les noix de coco.

Avant d'arriver nous voulons achever de nettoyer le cockpit et Yves met le dessalinisateur en route. Il marche 5 minutes, cafouille et se met en rideau, une fois, 2 fois, 3 fois. Impossible de le faire fonctionner.

L'écran électronique indique qu'il n'arrive pas à dessaler l'eau de mer, donc il s'étouffe et à chaque fois pompe de l'eau douce dans nos réservoirs pour se rincer et ce faisant épuise petit à petit nos réserves qui sont déjà basses.

A 17 heures nous empruntons enfin la passe, une heure avant le coucher du soleil, il était temps. On peut jeter l'ancre juste devant le village, Karacool est là depuis midi, ça nous vexe un peu qu'il soit allé aussi vite, mais renseignement pris, Patrick utilise les moteurs pendant les calmes, ça aide effectivement.

La passe de Arikitamiro

Il fait nuit, mais Yves doit lever les filets des 2 poissons ; toute contente je vais en porter un à Chantal et Patrick.

Au bout de 2 heures 30,le travail est terminé pour Yves, moi jusqu'à minuit je reste au fourneau pour mettre en conserve au moins un thon.

Le lendemain matin Patrick nous rend visite et gentiment nous dit :

"Je suis désolé de vous le dire mais on a été malade toute la nuit avec votre poisson, Chantal en particulier était couverte d'un genre d'urticaire, plus maux de tête et diarrhée  "...

Oh là, là on est super embêtés. Mais pour être sûrs, on décide d'en manger quand même, des gros steaks, bien cuits à la poêle. On a juste le dernier symptôme et surtout des bouffées de chaleur incroyables, on a le visage couleur bordeaux, mais à part cela rien de grave.

Le lendemain on en rebouffe, bof un peu malades mais pas trop et le surlendemain encore un repas de thon, là, Yves a la tête qui explose. 

Le Mareva Nui, une autre goélette de ravitaillement
La goélette apporte un peu de tout

Manquait plus que cela. Parce que dès notre arrivée et pendant 3 jours, Yves révise le Spectra. (dessalinisateur) dans le cockpit.

Notamment des denrées alimentaires

J'achète des bananes et des ananas de Tahiti

Au cours du démontage, une pièce récalcitrante refusant de quitter son logement, Yves emploie les grands moyens, c'est à dire l'air comprimé.

L'idée est de souffler par un orifice pour faire sortir le dispositif, ( joint + un ressort et un clapet)  par un autre trou.

J'entends "paf" et vois voler un ressort et des petites pièces en plastique que je m'empresse de ramasser, mais il manque un truc, une espèce de gros joint noir de 2 cm de diamètre sur 0.5 cm d'épaisseur.

Vous me voyez venir, on a beau chercher partout, le bidule reste introuvable, il est donc tombé à l'eau.

Entre le vent et le courant qui agitent le mouillage, le bateau n'arrête pas de tourner. On a beau mettre assez rapidement un fil à plomb à l'eau, Yves passe une heure en plongée par 10 mètres de fond sous Téthys sans succès. 

Le Mareva Nui transport vers Tahiti les récoltes de coprah

Chargement fût d'essence dans un potimarara


Là on est mal, pratiquement on n'a plus d'eau. Comme dans le bon vieux temps on se lave et on fait la vaisselle à l'eau de mer, mais tout de même la vie se complique. Patrick et Sylvain (qui nous a rejoint) peuvent nous dépanner de quelque dizaines de litres.

Je peux même acheter de l'eau à la ville, à 0,008 centimes le litre, mais ça me donne des complexes sachant que tous les habitants manquent d'eau car il ne pleut pas.

Tout un après midi Yves cherche des solutions, passe quelques coups de fils dans des boutiques à Papeete pour tenter de trouver une pièce équivalente, mais sans succès.

Alors à 17 heures le soir, il déclare " je n'ai pas le choix, faut que je la trouve".

Et hop, nouvelle plongée, cette fois avec une lampe car il commence à faire sombre.

Et au bout d'une heure, alors qu'il va faire nuit, Yves réapparait avec en main un masque Aqualung presque comme neuf ET la pièce !

C'est sur ce fond chaotique que Yves a retrouvé la pièce

Bon il n'y a plus qu'a remonter... encore plusieurs heures de boulot et le jour suivant notre Spectra marche impeccable pendant 6 heures...on l'a échappé belle, pourvu que ça dure.

Joli papillon

Banc de chirurgiens

Pendant que Yves s'escrimait sur le dessalinisateur, je suis allée faire quelques promenades dans le patelin.

Même si on est déjà venus j'ai du plaisir à retrouver quelques personne, je m' arrange pour faire laver un mois de linge sale et l'épicière me coupe les cheveux.

"Je ne vais pas te massacrer m'assure-t-elle" Avec la touffe que j'ai, la dernière coupe datant du 2 aout, je n'ai pas grand chose à perdre.

Salon de coiffure de Makemo

La Polynésie, c'est vraiment grand ; il y a de "vrais" salons de coiffure à Papeete et un autre à Hiva Oa aux Marquises.

Attention les ciseaux !

En gardant plus ou moins les proportions de distance il faut imaginez aller chez le coiffeur à Brest et devoir se rendre à  Stettin (Szczecin) en Poméranie pour la coupe suivante. Donc cet arrêt à Dijon pour "une coupe sauvage" s'avère providentiel.

Yves aussi s'y colle

Makemo possède un grand collège avec internat qui rassemble tous les élèves des atolls environnant. Malgré tout on trouve ici peu de service, les connexions internet sont très faibles, il y a un médecin mais pas de pharmacie, impossible de trouver un cahier, une enveloppe ou une carte postale, juste de quoi manger.

La vie en bleue dans la passe d'Arikitamiro










Le 13 novembre, le Haut Commissaire et le Président se fendent d'une longue conférence de presse : plus de Bingo ni de combat de coqs, mais pas encore de confinement.

Banc de perroquets



Des dizaines de nazons de 20 cm de long élisent domicile sous Téthys
Le 15 novembre nous entamons notre trajet retour vers Fakarava, avec une première escale à Katiu, un petit atoll que nous n'avons jamais visité.

A bientôt donc pour une nouvelle découverte.


 
 

Karacool et Téthys au mouillage de Makemo






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