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DU RIFIFI A RARAKA bis repetita , (2ème partie) 21-25 NOV

 

On y pensera plus tard, pour l'instant on se gave de soleil et de calme. Nous avons aperçu de la fumée dans la cocoteraie à quelques centaines de mètres de Téthys et décidons d'aller voir.

Fleurs de kahaia qui embaument tout le lagon le soir

Guettarda speciosa,








Derrière une pointe de sable, en bordure de plage nous découvrons une barque échouée et sous un kahaia un campement de fortune :


Simone et André, un couple de sexagénaires, sont en train de récolter du coprah. Ils viennent régulièrement ici, restent environ une petite semaine le temps de remplir une vingtaine de sacs de 25 kg de noix de coco séchées.

Ils arrivent avec une provision d'eau, du riz, du café et du sucre et leurs 3 chiens.

Chaque après midi ils vont pêcher des perroquets sur la côte au vent: 2 pour chaque chien et un gros pour eux deux.


Nous les accompagnons.



Simone armée d'une foëne court comme une dératée sur le platier de corail glissant plein de trous et de bosses.
Yves et moi avons un mal fou à la suivre. Il faut la voir, accroupie,  traquer les poissons que les vagues jettent sur le platier et que les chiens sont censés rabattre vers elle.

Tel un javelot elle balance son arme qui glisse à la surface de l'eau et embroche un perroquet coincé dans un recoin de corail.

Derrière elle, André avec son harpon transperce allégrement les poissons qui ont échappé à Simone...

Il faut quand même arpenter la côte pendant plus d'une heure pour attraper 7 perroquets.

Au retour, Simone gaule et ouvre des noix de coco fraîches et nous nous désaltérons avec grand plaisir, il y a plus d'un demi litre de boisson dans chaque noix, c'est tellement bon et frais.






Pour faire bonne mesure et cela se répète chaque soir, André nous offre un Kaveu, (prononcer cavéou) que nous dégustons pour le dîner. Quand je vous dis que c'est le paradis....

Enfin uniquement parce que nous vivons à bord d'un bateau. Car à terre, à partir de 16h00, les nonos débarquent et la vie devient infernale.

 Les nonos ou phlébotomes, arrivent par nuées en fin d'après midi et se ruent sur tout ce qui bouge. Leurs piqures indolores de prime abord se mettent à démanger au bout d'un moment, plus on gratte pire c'est, mais bien souvent on ne peut pas s'en empêcher quitte à se gratter jusqu'au sang. Les Polynésiens s'en protègent en brûlant des bogues de coco, la fumée fait plus ou moins fuir les insectes, mais parfois le seul recours est de se calfeutrer dans les maisons ou dans une tente comme ici, en attendant que la nuit tombe et que les moustiques remplacent les nonos...

Pendant ce temps là nous à bord, au clair de lune dans le cockpit on déguste notre crabe de cocotiers.

Le matin, bien souvent dès 7 heures, pendant que Simone et André triment sous les cocotiers 

La production de coprah est fortement subventionnée

C'est un moyen de fixer les populations dans les îles

En particulier aux Tuamotu où les ressources sont rares


Le coprah ou noix de coco séchée


 nous faisons de longues promenades sur la côte au vent. Yves à la recherche de balises et moi de coquillages pour Alice et Capucine.
Les côtes au vent des atolls des Tuamotu reçoivent  toutes les cochonneries en provenance d'Amérique du sud pour la plupart.
Il y a même le nom de l'expéditeur

Je ne parle pas des plastiques, il y en a tant qu'on n'ose même plus le mentionner.
On trouve beaucoup de ces chutes de découpe de tongues
Ce que nous recherchons ce sont les DCP (Dispositifs de Concentration de Poissons), autrement dit des espèces de radeaux faits de bambous et de filets qui dérivent dans les courants, attirant toutes sortes de bestioles, des plus petites, sans doute au début, comme des anatifes, puis leurs prédateurs, les prédateurs des prédateurs et ainsi de suite jusqu'à rassembler d'énormes quantités de poissons que les pêcheurs n'ont plus qu'à venir cueillir avec leurs filets.
Chaque DCP est muni d'une balise très sophistiquée avec entre autre  un GPS, un sondeur, et un émetteur satellite (iridium) qui permet de les suivre à la trace. Tout cela fonctionne grâce à des panneaux solaires que Yves veut récupérer.



En 2 heures de marche on compte jusqu'à 20 DCP plus ou moins démantibulés échoués sur le corail. 

Mais très peu ont encore leur balise, beaucoup ont déjà été ramassées par les Paumotus qui s'en servent de tabouret.

Cependant on finit par en récolter 3 que Yves se fera un grand plaisir de décortiquer.


Notre récolte après 3 heures de balade
Simone et André ont une autre occupation : la production de miel. Sur tous les motus qu'ils exploitent, ils ont installé des ruches et récoltent un miel de fleurs de cocotier absolument délicieux




La fleur de cocotier


Le "oho", sorte de pigeon vert, vit en couple (ptilinopus coralensis)

Comme Simone et André rentrent au village, nous en faisons autant.


A peine ancré devant la maison d'Herman, nous le voyons arriver avec son poti-marara.

Un tel empressement nous parait suspect, effectivement il y a du rififi à Raraka.

En 2018 je crois avoir envoyé un texte intitulé comme cela, qui racontait des histoires de vols de noix de coco.

Et bien la série continue, et en plus grave car il s'agit de vol de nacres.

Au milieu du lagon, Herman a une concession dans laquelle il a installé des filières afin d'élever des nacres et produire des perles quand viendront des jours meilleurs.

Or ce matin à l'aube il voit circuler dans le lagon un bateau rapide (3 moteurs de  100 CV) appartenant à un perliculteur d'Apataki (Atoll distant de 160 km). Le dit bateau s'étant arrêté au village, Herman  demande à voir ce qu'il transporte, ce qu'on lui refuse, le bateau démarrant aussitôt...

Bien sûr Herman crie au voleur, téléphone au Maire d'Apataki, à la Direction des pêches et plein d'autres personnes pour signaler un vol, mais sans vraiment avoir de preuve. Pour cela il lui faut un plongeur capable d'aller constater sur site...

Bien évidemment Yves accepte de rendre ce service, et propose même de faire des images.

Au milieu du lagon, là même où se trouve la concession on ne voit rien, toutes les bouées qui soutiennent les filières à huitres installées par Herman ont disparu.


En se mettant à l'eau Yves en aperçoit par 20 mètres de fond, avec tout de même quelques nacres dessus. Privées des bouées qui les font flotter près de la surface,  elles sont maintenant enfoncées trop profondément. Les coquillages manquent de lumière et de nourriture et ne grossissent pas, s'il n'y a pas eu vol, il y a eu au moins sabotage.

Pour remercier Yves de sa prestation, Herman nous invite à dîner.

"Mais, me dit -il, le soir il y a plein de nonos dans le jardin, ah c'est pas bon"

Evidemment je propose qu'on dîne tous ensemble à bord. Proposition acceptée bien sûr.

"alors on apporte le ma'à "répond Hermann (= repas, nourriture) et moi je me contente de faire le dessert (au chocolat)

Ainsi un avant la nuit, Herman, Lucien et sa compagne Tiareva arrivent avec 3 kg de riz, un immense plat de thon jaune en sashimi et une bonne douzaine de steaks de thon.

L'appétit des Polynésiens est ahurissant, il faut dire qu'ils ne prennent que 2 repas par jour, dont un le matin pas forcément copieux, alors bien sûr ils se rattrapent le soir.

En tout cas on se régale bien et passons une soirée de rêve.

Comme nous avons prévu de quitter Raraka le lendemain vers 14 heures, Herman ne veut pas nous laisser partir sans que nous mangions encore une fois ensemble, cette fois chez lui et vers midi de façon exceptionnelle.

On se régale de poisson cru au lait de coco, il y a aussi une énorme plâtrée de poulet en sauce, une fois de plus on va éclater. Herman nous laisse appareiller à regret, nous faisons partie de la famille maintenant, il nous invite pour Noël et voudrait bien qu'on promette de venir.

Accompagnés de leurs chiens, Herman, Lucien et Tiareva font un petit bout de route avec nous
longtemps les chiens nagent derrière le bateau en luttant contre le courant ET en aboyant



Le cœur gros on file vers Kauehi. Filer n'est pas le bon mot. Pour la première fois depuis 3 mois le vent souffle du nord ouest, juste dans la direction que nous devons prendre...

 Allez, courrez vite dans vos magasins de proximité faire vos achats de Noël, il parait que vous êtes semi-déconfits.


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