On y pensera plus tard, pour l'instant on se gave de soleil et de calme. Nous avons aperçu de la fumée dans la cocoteraie à quelques centaines de mètres de Téthys et décidons d'aller voir.
| Fleurs de kahaia qui embaument tout le lagon le soir |
| Guettarda speciosa, |
Derrière une pointe de sable, en bordure de plage nous découvrons une barque échouée et sous un kahaia un campement de fortune :
Simone et André, un couple de sexagénaires, sont en train de récolter du coprah. Ils viennent régulièrement ici, restent environ une petite semaine le temps de remplir une vingtaine de sacs de 25 kg de noix de coco séchées.
Ils arrivent
avec une provision d'eau, du riz, du café et du sucre et leurs 3 chiens.
Chaque après midi ils vont pêcher des perroquets sur la côte au vent: 2 pour chaque chien et un gros pour eux deux.
Nous les accompagnons.
Yves et moi avons un mal fou à la suivre. Il faut la voir, accroupie, traquer les poissons que les vagues jettent sur le platier et que les chiens sont censés rabattre vers elle.
Tel un javelot elle balance son arme qui glisse à la surface de l'eau et embroche un perroquet coincé dans un recoin de corail.
Au retour, Simone gaule et ouvre des noix de coco fraîches et nous nous désaltérons avec grand plaisir, il y a plus d'un demi litre de boisson dans chaque noix, c'est tellement bon et frais.
Enfin uniquement parce que nous vivons à bord d'un bateau. Car à terre, à partir de 16h00, les nonos débarquent et la vie devient infernale.
Les nonos ou
phlébotomes, arrivent par nuées en fin d'après midi et se ruent sur tout ce qui
bouge. Leurs piqures indolores de prime abord se mettent à démanger au bout
d'un moment, plus on gratte pire c'est, mais bien souvent on ne peut pas s'en
empêcher quitte à se gratter jusqu'au sang. Les Polynésiens s'en protègent en brûlant
des bogues de coco, la fumée fait plus ou moins fuir les insectes, mais parfois
le seul recours est de se calfeutrer dans les maisons ou dans une tente comme
ici, en attendant que la nuit tombe et que les moustiques remplacent les
nonos...
Pendant ce
temps là nous à bord, au clair de lune dans le cockpit on déguste notre crabe
de cocotiers.
Le matin, bien souvent dès 7 heures, pendant que Simone et André triment sous les cocotiers
| La production de coprah est fortement subventionnée |
| C'est un moyen de fixer les populations dans les îles |
| En particulier aux Tuamotu où les ressources sont rares |
| Le coprah ou noix de coco séchée |
| Il y a même le nom de l'expéditeur |
Je ne parle pas des plastiques, il y en a tant qu'on n'ose même plus le mentionner. Ce que nous recherchons ce sont les DCP (Dispositifs de Concentration de Poissons), autrement dit des espèces de radeaux faits de bambous et de filets qui dérivent dans les courants, attirant toutes sortes de bestioles, des plus petites, sans doute au début, comme des anatifes, puis leurs prédateurs, les prédateurs des prédateurs et ainsi de suite jusqu'à rassembler d'énormes quantités de poissons que les pêcheurs n'ont plus qu'à venir cueillir avec leurs filets.
Mais très peu ont encore leur balise, beaucoup ont déjà été ramassées par les Paumotus qui s'en servent de tabouret.
Cependant on finit par en récolter 3 que Yves se fera un grand plaisir de décortiquer.
![]() |
| Notre récolte après 3 heures de balade |
La fleur de cocotier
|
Comme Simone et André rentrent au village, nous en faisons autant.
A peine
ancré devant la maison d'Herman, nous le voyons arriver avec son poti-marara.
Un tel empressement nous parait suspect, effectivement il y a du rififi à Raraka.
En 2018 je crois avoir envoyé un texte intitulé comme cela, qui racontait des histoires de vols de noix de coco.
Et bien la
série continue, et en plus grave car il s'agit de vol de nacres.
Au milieu du
lagon, Herman a une concession dans laquelle il a installé des filières afin
d'élever des nacres et produire des perles quand viendront des jours meilleurs.
Or ce matin
à l'aube il voit circuler dans le lagon un bateau rapide (3 moteurs de 100 CV) appartenant à un perliculteur
d'Apataki (Atoll distant de 160 km). Le dit bateau s'étant arrêté au village,
Herman demande à voir ce qu'il transporte,
ce qu'on lui refuse, le bateau démarrant aussitôt...
Bien sûr
Herman crie au voleur, téléphone au Maire d'Apataki, à la Direction des pêches
et plein d'autres personnes pour signaler un vol, mais sans vraiment avoir de
preuve. Pour cela il lui faut un plongeur capable d'aller constater sur site...
Bien
évidemment Yves accepte de rendre ce service, et propose même de faire des
images.
Au milieu du lagon, là même où se trouve la concession on ne voit rien, toutes les bouées qui soutiennent les filières à huitres installées par Herman ont disparu.
En se
mettant à l'eau Yves en aperçoit par 20 mètres de fond, avec tout de même
quelques nacres dessus. Privées des bouées qui les font flotter près de la
surface, elles sont maintenant enfoncées
trop profondément. Les coquillages manquent de lumière et de nourriture et ne
grossissent pas, s'il n'y a pas eu vol, il y a eu au moins sabotage.
Pour
remercier Yves de sa prestation, Herman nous invite à dîner.
"Mais,
me dit -il, le soir il y a plein de nonos dans le jardin, ah c'est pas
bon"
Evidemment
je propose qu'on dîne tous ensemble à bord. Proposition acceptée bien sûr.
"alors
on apporte le ma'à "répond Hermann (= repas, nourriture) et moi je me
contente de faire le dessert (au chocolat)
Ainsi un avant la nuit, Herman, Lucien et sa compagne Tiareva arrivent avec 3 kg de riz, un immense plat de thon jaune en sashimi et une bonne douzaine de steaks de thon.
L'appétit
des Polynésiens est ahurissant, il faut dire qu'ils ne prennent que 2 repas par
jour, dont un le matin pas forcément copieux, alors bien sûr ils se rattrapent
le soir.
En tout cas
on se régale bien et passons une soirée de rêve.
Comme nous avons prévu de quitter Raraka le lendemain vers 14 heures, Herman ne veut pas nous laisser partir sans que nous mangions encore une fois ensemble, cette fois chez lui et vers midi de façon exceptionnelle.
On se régale de poisson cru au lait de coco, il y a aussi une énorme plâtrée de poulet en sauce, une fois de plus on va éclater. Herman nous laisse appareiller à regret, nous faisons partie de la famille maintenant, il nous invite pour Noël et voudrait bien qu'on promette de venir.
| Accompagnés de leurs chiens, Herman, Lucien et Tiareva font un petit bout de route avec nous longtemps les chiens nagent derrière le bateau en luttant contre le courant ET en aboyant |
Le cœur gros
on file vers Kauehi. Filer n'est pas le bon mot. Pour la première fois depuis 3
mois le vent souffle du nord ouest, juste dans la direction que nous devons
prendre...








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